A l’assaut du Rotondo.

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Le lendemain matin, une impression de vide s’était faite sentir. Au fond de moi-même je savais pourquoi. Cette randonnée avait épuisé mon corps et assombri mes pensées. Le contraste avait été trop fort. Les images de la veille trottaient encore dans ma tête. Le présent m’ennuyait, je vivais au passé. Un jour avant donc, j’avais marché près de quatre heures d’un pas lent et douloureux vers le lac de Betanielli. (2223 mètres d’altitude). Mes amis avec moi, tout un groupe de randonneurs à l’assaut du Rotondo.

 

Brusquement, le lac.
Brusquement, le lac.

Dès les premiers instants la température m’avait paru fraîche, en réalité elle avait été glacée. La présence de névés aurait dû éveiller ma conscience mais le bouillonnement de mon sang avait trompé ma perception des choses. Quelques brasses et je m’étais défilé, j’avais eu trop froid. Mon frère Alain et Olivier avaient fait trempette, un bain utile pour refroidir le corps.

Jean-Pierre devant le névé.
Jean-Pierre devant le névé.

Un peu plus tôt, la surprise avait été grande. Le plus grand lac de Corse s’était étalé devant nos yeux ébahis. Une belle émotion. Sa surface en imposait, là, à trois cents mètres du sommet, surplombé par les arrêtes granitiques dépourvues de la moindre végétation. Un panorama minéral tout juste atténué par quelques pozzini.

Olivier dans une eau à 10°(?)
Olivier dans une eau à 8-10°(?)

Le temps d’un repas froid, d’une discussion amicale, quelques photos et nous étions repartis. Olivier et Alain en tête. Jean-Luc, Jean-Paul et moi derrière solidaires. Malgré la forte chaleur, presque midi, la redescente s’était avérée moins pénible. L’effort atténué par l’action des bâtons. Olivier en avait même confectionné une paire avec des branches de châtaignier. Un vrai montagnard. Pour notre inconfort, le chemin mal balisé s’était montré tout aussi capricieux qu’à l’aller. Plus d’une fois nous avions été obligés de stopper nos pas pour le repérer au milieu de la végétation et des blocs de pierres. Heureusement, l’ami Jacques et son chien Germain nous avaient rejoint à mi-parcours et montré le tracé à suivre. Après-ça, le groupe s’était dispersé. Olivier et Alain avaient hâté leur pas jusqu’à la rivière plus bas dans la vallée. Jean-Paul, Jean-Luc et moi avions traîné derrière, fatigués de ce long périple. Jacques en loup solitaire était resté en arrière avec l’idée d’expérimenter une nouvelle piste.

Jea-Luc et Jean-Pierre pour un bain bien mérité!
Jea-Luc et Jean-Pierre pour un bain bien mérité!

Plus bas, bien en-deçà des bergeries de Muracciole, l’eau vive m’avait fait du bien. Perdu dans ses pensées, mon frère ne nous avait pas vu venir. Il récupérait en silence de son effort. Après-ça, nous avions profité longuement de la baignade dans une vasque assez profonde pour nous immerger totalement. Un régal. Le temps d’enfiler nos affaires et nous étions repartis vers le point de départ. Olivier nous y attendait patiemment.

La route nous mena ensuite à Vivario où nous nous étions régalés d’une bonne bière et d’un plat de charcuteries du pays. Deux heures après, je franchissais la porte de mon appartement ajaccien la tête pleine de souvenirs.

Jean-Pierre Nucci – 2014

3 commentaires sur “A l’assaut du Rotondo.

  1. Au fait, petit rectificatif: vous n’avez pas rencontré « le loup solitaire » à mi-chemin… car 6.5km (ma montée) divisé par 7,5km (votre montée) égal 86.6%! Et en dénivelé, 977m (le mien)/1375(le vôtre) = 71%. Dans les 2 cas, c’est plus que 50%!… Quand même!… Non mais…. Soit dit en passant, cela veut dire que lorsqu’il ne reste que 13% de la distance à faire (donc youpi on va se reposer au bord de l’eau), il reste près de 30% du dénivelé à se taper… D’où la sensation, près du but, que le lac recule!!

  2. Jean-Paul, « à trois cent mètres du sommet » et non à trois mètres…

    Sinon, c’est parfait. Les images illustrent bien le texte. Il ne manque plus que la photo de Jacques et de Germain pour finaliser cet article.

    Non Jacques, pas de glace au broccio. Désolé.

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